L’avenir de la cartographie Here, développée par Audi, BMW et Daimler

La transaction de Here vers le consortium allemand Audi-BMW-Daimler est un tournant décisif pour l’industrie automobile du 21ème siècle. Ainsi, le secteur se donne les moyens de protéger ses données, mais également d’offrir divers services, face notamment à Google.

Bonne nouvelle pour l'industrie automobile


La première étape de l’industrie automobile 2.0 date du CES aux Etats-Unis, plus précisément à Las Vegas, en janvier 2015, lors de la présentation du concept autonome F-015 par le numéro 1 de Daimler, Dieter Zetsche. La deuxième phase a eu lieu en mi-septembre 2015, lors du Salon de Francfort en Allemagne. Le consortium allemand Audi, BMW et Daimler y a levé le voile sur les premières informations concernant l’utilisation de Here. Depuis octobre 2015 donc, ce rachat du cartographe de Nokia a été validé par l’autorité allemande de la concurrence, pour un montant de 2,8 milliards d’euros et concrétisé par une migration de 6500 employés. Avec une telle somme, les trois marques montrent particulièrement leurs volontés de prendre en main la révolution numérique qui s’impose actuellement.

Dans le magazine allemand Auto Motor und Sport, Harald Krüger explique que le contexte d’aujourd’hui n’est plus comme hier. En effet, la digitalisation influe fortement le monde de l’industrie automobile. De nombreux concurrents sont apparus et la plupart des clients n’achètent plus des voitures que si la navigation est à jour.

Le président du directoire de BMW AG indique également que le consortium a décidé de racheter Here, afin de proposer de la cartographie au secteur automobile, et surtout pour une indépendance vis -à vis de Google, Apple et consorts. Jacques Aschenbroich, administrateur et directeur général de Valeo, a tenu à rajouter que travailler avec un monopole n’est pas toujours facile. Selon lui, « le véhicule autonome est un sujet autonome par définition ». Il entend par là que les constructeurs eux-mêmes doivent aussi maîtriser tout ce qui concerne la voiture. Il rajoute que, dans ce sens, « le rachat est une bonne nouvelle ».

La maîtrise de la cartographie permet ainsi aux constructeurs de préserver ou même défendre les données de leurs voitures et finalement les données des clients. Si ces derniers les autorisent à se servir de ses informations pour mettre à jour systématiquement une carte, qui doit être de plus en plus précise pour que leur voiture circule toute seule, ces marques ont intérêt à éviter les intermédiaires.

 

La cartographie : inévitable pour la voiture du futur


D’après Bruno Bourguet, vice-président du département ventes et développement business chez Here, les constructeurs veulent s’assurer que la cartographie restera disponible. Celle-ci constitue en effet un élément incontournable pour la voiture du futur. Du côté de Here, l’opération s’avère aussi intéressante puisqu’elle lui offre de nouveaux outils pour cartographier les nouvelles routes. Ainsi, Here pourra bien exploiter les données récupérées par plusieurs voitures identifiant, par exemple, de la glace sur une route, afin de prévenir les autres automobilistes qui empruntent la même route. Le cartographe compte aussi utiliser des capteurs présents sur des premium pour enrichir la cartographie, et aussi de proposer des offres différenciées selon les niveaux de gamme. En effet, le consortium Audi-BMW-Daimler a assuré que la fourniture de cartes de trafic pour GPS s’étendra à tous les autres constructeurs clients de Here.

 

Les Allemands deviennent fournisseurs de services connectés


Avec Here, les constructeurs se présentent ainsi comme des fournisseurs de services à part entière. Harald Krüger affirme qu’à l’avenir, la qualité des cartes sera encore importante, « comme base pour la sécurité, le véhicule autonome et les services". Ces services connectés seront évidemment proposés en premier dans leurs voitures, donc pour leurs clients. Souvent, les constructeurs n’offrent actuellement que des points d’intérêts à l’automobile comme les garages, stations-service,.... Alors, ils devront en proposer d’autres, adaptés au conducteur et ses personnalités, ses goûts… Autrement dit, La clientèle attend aujourd’hui des mises à jour directement dans la voiture. Il faudra donc faire mieux que Google ou Apple, etc.

 

Le développement des cartes pour voiture autonome


Cette entrée dans le service s’accompagne évidemment d’échanges avec les travaux de Here dans divers secteurs. Ainsi, le cartographe coopère avec Microsoft, Garmin ou encore Samsung et les autorités des transports de différents Etats américains. Here compte beaucoup sur le développement de cartes destinées au véhicule autonome. Le but étant de les utiliser pour l’internet des objets. Bruno Bourguet affirme que leur plate-forme est un modèle self-service et qu’ils souhaitent proposer de la différenciation à leurs clients, et cela même si la carte reste moins précise. Mais elle sera bien utile pour localiser des objets connectés.

 

Encore beaucoup de travail à faire


Du côté de Daimler, on indique que l’éventuelle différenciation est l’atout des services de Here qui seront proposés aux constructeurs autres que ceux de ce consortium allemand. A ce propos, un haut responsable du groupe Daimler a confié que même si le système opérationnel sera commun, chaque marque utilisera ensuite ses propres données et donc ses propres services. Franck Cazenave, directeur innovation chez Bosch et auteur de « Stop Google » insiste toutefois qu’un autre problème reste encore à résoudre. En effet, selon lui, il faudra persuader les constructeurs, clients de Here et non-actionnaires, d'acheter des licences de cartographie pour leurs véhicules. Mais il reste aussi à convaincre les conducteurs d’utiliser la cartographie de leurs voitures pour des recherches et non plus celle de leurs smartphones. Une autre histoire…