La situation de Volkswagen s'empire

Pour savoir à combien se chiffrera la perte financière du groupe Volkswagen suite à l’affaire des moteurs diesel truqués, il faudrait encore patienter. Tout ce qu’on sait est que son montant sera évidemment sans précédent quoique pas encore défini.

En effet, certains aspects du problème restent encore sombres, la preuve, la date du jeudi 22 octobre. Dans la matinée, le constructeur a annoncé à l’agence de presse allemande DPA que l’un de ses nouveaux moteurs diesels, à l’instar des autres ferait peut-être l’objet d’une fraude. En ce moment-là, les observateurs ont cru à un nouveau rebondissement de l’affaire, pouvant provoquer le retrait de plusieurs millions de voitures concernées supplémentaires. Une fois dans l’après-midi, le groupe revient pourtant sur sa déclaration et confirme que ces moteurs correspondent finalement à la législation en vigueur.

L’imbroglio qui a secoué la presse allemande durant des heures est la preuve du désordre dans lequel se trouve le groupe de Wolfsburgs. Effectivement, les spécialistes pensent déjà que l’histoire des moteurs truqués serait susceptible de provoquer le processus de rappel le plus coûteux qui n’ait jamais existé dans l’histoire de l’automobile. Même si les récents moteurs diesel du groupe allemand ne sont donc pas concernés par la fraude, la réparation des moteurs ayant fait l’objet de la malversation s’avère plus difficile et coûteuse que prévu. Pour en revenir aux faits, près de 11 millions de voitures de marque Volkswagen sont dotées du célèbre moteur EA 189 dont le logiciel a été traité par le constructeur afin de contourner les contrôles relatifs aux émissions de gaz polluants. Dans le continent européen, elles sont au nombre de 8,5 millions.
 

Des problèmes pour Volkswagen


D’après ce qu’a rapporté le journal économique Handelsblatt, le groupe ne parviendrait probablement pas à remettre dans les normes,comme il l’a annoncé, la totalité des voitures concernées durant l’année 2016. En effet, jusqu’à maintenant, le constructeur estime qu’une simple mise à jour du logiciel comme on le ferait avec le téléphone portable pourrait réparer la plupart des voitures incriminées. Pourtant, cette solution n’est valable que pour les gros moteurs de 2 l et les petits moteurs de 1, 2 l uniquement. Les autres comprenant les 1, 6 l de cylindrée devront se munir d’un nouveau système de traitement de gaz d’échappement pour être conformes aux normes. En Europe, près de trois millions de véhicules se trouvent dans ce cas.

C’est donc un problème de plus à résoudre pour les ingénieurs de Volkswagen. En effet, le système à créer doit être compatible avec la morphologie des véhicules et accepté par l’autorité compétente, en l’occurrence celle de contrôle automobile allemande. C’est à cette dernière que revient dorénavant la tâche de vérifier le respect des normes. Pourtant, vu le nombre très varié des modèles à réparer, le principe du système modulaire qui a tant fait pour la prospérité de Volkswagen montre le revers de sa médaille. Plusieurs marques du groupe dont Audi, Skoda, Seat et Volkswagen ont été ainsi équipées du moteur falsifié à l’instar de leurs voitures utilitaires de différents modèles.

On devrait donc commander chez les sous-traitants les pièces à remplacer, ensuite les intégrer aux voitures en cours de fabrication dans les usines. Ce qui fait que le rappel proprement dit de ces véhicules ne pourra débuter qu’à partir de septembre 2016. Telle a été la confirmation d’un porte-parole du groupe le 21 octobre dernier, le tout laissant présager d’énormes problèmes pour respecter ces délais.

 

Des véhicules moins performants à l’avenir


L’autre conséquence du scandale : les experts de l’automobile tablent sur une diminution de la performance du véhicule remis aux normes quel que soit son modèle. Cette révision peut également entraîner une hausse de leur consommation en énergie, rabaissant par la même occasion la valeur de reprise de la voiture. Pourtant, un grand nombre de ces voitures a été financé par le groupe Volkswagen lui-même via ses services financiers qui assurent la gestion des millions de voitures en leasing. La diminution de valeur va donc faire en sorte que la banque VW serait obligée d’opérer une importante dépréciation d’actifs, pouvant avoir une conséquence négative sur les résultats financiers du groupe. Rien qu’en Allemagne, ces pertes sont évaluées à un milliard d’euros selon l’expert automobile Ferdinand Dudenhöffer. D’après ses calculs, le nombre de véhicules concernés par la fraude en Allemagne tourne autour de 2,4 millions et l’achat de la moitié d’entre eux a fait l’objet de financement des services financiers de VW. La perte de valeur pour chacun des véhicules concernés atteindrait alors les 1 000 euros. En ce qui concerne les clients qui n’ont pas recours aux services financiers de VW, ils pourraient être nombreux à réclamer des dommages et intérêts et à faire valoir leur droit.

Toutefois, d’après Yasmina Serghini-Douvin, un analyste de chez Moody’s, il est à rappeler que les rappels de véhicule n’ont obligatoirement pas de conséquences négatives sur les ventes de Volkswagen une fois les soucis résolus. Pour le cas de General Motors, le constructeur a bien résisté au rappel de plus de 2,6 millions de ses voitures afin de corriger le système d’allumage défaillant.

Un sondage publié le 19 octobre rapporte en outre que la population allemande continue à rester fidèle à VW. En effet 2/3 d’entre eux pensent que le constructeur continuera toujours de fabriquer de performantes voitures et 75 % déclarent être prêts à en acquérir un nouveau de la marque si une offre et un modèle leur conviennent.

Dans l’un de ses rapports, l’agence de notation Moody’s estime que les pertes financières se situeront entre 9, 5 et 31 milliards d’euros pour le groupe. Un scénario moyen table pour une perte de 20,5 milliards d’euros, une estimation proche de celle de MaxWarbuton, un analyste de chez Bernstein qui évalue le coût à 15 et 20 milliards d’euros. La conséquence de la crise qui s’est perpétrée notamment sur le comportement des consommateurs européens est l’une des variables.