L'Etat français dit non à une baisse de la participation de Renault dans Nissan

Après les rumeurs véhiculées dans les médias sur une baisse de la participation de Renault dans Nissan, l’Etat français aurait affirmé qu’il refusait un tel projet. Selon ce dernier, cette perspective risque de conférer à Nissan des droits de vote chez Renault.

Le bras de fer continue


Visiblement, le torchon brûle entre l’Etat français et Carlos Ghosn. A voir les bras de fer de ces derniers temps, l’avenir de l’alliance Renault-Nissan n’est pas encore tout tracé. Si un conseil de l’Alliance s’est tenu le mardi 6 octobre 2015 pour disserter sur un éventuel rééquilibrage des participations en faveur du constructeur nippon et au détriment de la marque française, l’Etat persiste à dire non à une telle perspective. Le gouvernement voit le problème d’un autre angle : « Pourquoi donner des droits de vote à Nissan ? ». Pour l’Etat français, si Renault ne dépasse pas les 40 %, la marque nippone va détenir des droits de vote, pour le moment bloqué en vertu du droit français concernant les participations croisées. Renault et Nissan ont déjà initié des pourparlers sur une révision du fonctionnement de l’Alliance. Ces perspectives ont pour but principal de contrebalancer l'Etat français qui, en avril dernier, est monté de 15 à 19,7% du capital de la marque française. Ainsi, les deux parties ont discuté de la possibilité de diminuer la part du tricolore dans Nissan. Si actuellement elle est à 43,4%, cela pourrait désormais passer la barre des 40%. Dans ce cas, on ne pourrait plus accuser la firme tricolore d’être dans une situation d’autocontrôle. Puis,rien ne s’opposerait à ce que la participation du japonais, actuellement de 15% dans le constructeur au losange, soit assortie de droits de vote. Mais ce raisonnement n’est pas partagé au sein du gouvernement. Pour l’Etat, il s’agit en effet d’un « problème de principe ». Il se demande pourquoi la marque française chercherait à s’affaiblir.

 

Pour l’Etat, c’est une question d'autocontrôle


Sous l’anonymat, un conseiller gouvernemental a indiqué qu’ils ne pensent pas que l’octroi de 14 millions d’actions supplémentaires pour Renault de la part de l’Etat ait changé les conditions de l’Alliance. De plus, l’Etat français s’est engagé à revenir à court terme aux 15%, même s’il est possible qu’il revende plus tard que prévu ces 14 millions d’actions. Il avait promis de les céder avant la fin de 2015 à cause de la baisse inattendue de 27% de l’action Renault, effet de l’affaire Volkswagen.

Du côté de Bercy on insiste que même à 19,7%, le chiffre est toujours en dessous du niveau de participation historique. En effet, L’Etat français détenait en 2002 une part de 25,9% dans la firme française et cela a bien marché. D’ailleurs, à l’époque, Nissan a pris 15% de Renault,mais sans aucun droit de vote.

Par ailleurs, sur le plan juridique, octroyer des droits de vote à Nissan, alors que Renault garderait une participation considérable, la marque japonaise poserait des « problèmes d’autocontrôle »…Bref, l’Etat refuse catégoriquement toute modification des participations au sein de l’Alliance.

 

Dans le but d’obtenir la minorité de blocage


Cette dispute entre l’Etat français, le constructeur nippon et Renault remonte au 22 avril 2015, quand le premier a brutalement acheté des titres Renault supplémentaires.Augmentant de 4,7% la participation arrive à 23,2% des droits de vote. Le but étant d’obtenir la minorité de blocage lui permettant de faire passer les droits de vote doubles émanant de la « Loi Florange » auxquels le conseil d’administration de la marque tricolore est majoritairement opposé. Apparemment, L’Etat a effectivement gagné la bataille lors de l’assemblée générale des actionnaires de Renault le 30 avril 2015. La firme française et le constructeur nippon avaient souhaité dans l’intervention de l’Etat français une rupture de l'équilibre établie dans l'alliance de 1999. Informé par un coup de fil de la part du ministre, Carlos Ghosn n’a pas caché sa « colère ». Le PDG ne s’attendait pas à ce geste.

 

L’Etat s’efforce de se donner une image plus ouverte


Au milieu de ce problème, Carlos Ghosn, outragé par l’attitude de l’Etat, semble oublier cependant que c’est l’attaque du conseil d’administration de Renault contre la « loi Florange » qui avait provoqué cette réaction du ministre. Il y avait d’ailleurs un indice puisque l’Etat envisage de bien faire dorénavant son devoir d’actionnaire. Louis Schweitzer, ex-PDG de Renault et commissaire général à l’investissement a affirmé que l'Etat peut être un facteur de stabilité pour garantir l'ancrage de la marque au losange en France. Cette petite phrase constitue un indice que le gouvernement maintiendrait sans relâche l’ancrage français de l’Alliance. En tous cas, ces différends n’empêchent pas l’Etat de rester attentif, de reconnaitre les qualités managériales de Carlos Ghosn. On a même avoué que, grâce à ce patron, l’Alliance est de plus en plus profitable et l’Etat a même voté pour la prolongation de son mandat jusqu’en 2018.