La CGT dénonce un déséquilibre au sein de l’Alliance Renault-Nissan

Selon la CGT, l’Alliance avec Nissan met un peu à l’écart Renault. Ainsi, elle estime qu’un débat plus participatif avec les salariés doit être effectué le plus tôt possible.

L’équilibre est rompu au détriment de Renault


Lors d’un point de presse, le délégué syndical central de CGT Renault, Fabien Gache, a remis en cause l’alliance Renault-Nissan en indiquant que l’alliance est déséquilibrée au détriment de la marque au losange et de ses salariés. Selon lui, ce problème s’exprime par l’accroissement du pouvoir du côté de Nissan. Cela étoufferait davantage les capacités internes de Renault et pourrait même l’asphyxier. Le représentant syndical a dit que Renault a aidé Nissan à se développer avec un chiffre d'affaires en hausse de 60% entre 1999 et 2014 à 79,7 milliards d'euros. Pourtant, selon lui encore, la réciproque n'est pas réelle au point que celui de Renault n'a avancé que de 9% à 41 milliards d'euros.

Ces remarques ont été faîtes après que l’agence Reuter ait fait part de l’intention de Nissan de modifier les participations croisées dans Renault. Actuellement la marque au losange est à 43,4% du capital de Nissan et celui-ci tomberait sous les 40% ; Nissan, quant à elle, est actuellement à 15% de Renault et qui pourrait atteindre les 25% jusqu’à 35%. Le but étant d’activer les droits de vote de Nissan. Selon lui, ce projet a été conçu pour affronter la montée de l’Etat au capital de Renault, qui est pour le moment annoncée comme temporaire avec 19,7% au lieu de 15% et cela pour faire passer les droits de vote double en avril 2015. Cette situation a modifié l’équilibre déjà acquis lors de l’accord signé en 2002. Reuter a aussi révélé la volonté d'Emmanuel Macron de pousser à une fusion, projet démenti par le ministre. Fabien Gache a dit qu’ « …il n’y a pas de consensus sur le bienfait de l’alliance… »

Pendant que le débat tourne autour d’un rééquilibrage de l’alliance désormais en faveur de Nissan, la CGT Renault estime que ces discussions ne correspondent pas à la situation réelle de l’entreprise. Il a fait remarquer que, dans les faits, Nissan pilote notamment les projets Renault et décide de l’exécution ou non des projets des équipes de Renault. De ce fait, l’ingénierie est une des quatre fonctions convergées pilotée depuis avril 2014 par Tsuyoshi Yamaguchi, directeur des plateformes de l'Alliance Renault-Nissan. La CGT dénonce alors une progression négative en indiquant que Nissan est devenu « la référence du standard managérial » où les individus sont réduits à "des choses", seulement programmés à reproduire une « prescription ». Pour résumer les faits, il a déclaré qu’augmenter les pouvoirs de Nissan, ce serait faire de Renault "une sous marque de Nissan".

 

Une révision fondamentale est nécessaire


Au-delà de la progression de capital de l’alliance, la CGT dénonce également le recours croissant aux intérimaires et aux sous-traitances pour l’ingénierie. Selon l’explication, cette situation a vidé Renault de son savoir-faire.Le syndicat parle d’un chiffre de 7 600 intérimaires aujourd’hui sur le périmètre de l’accord de compétitivité pour 11 860 salariés en CDI, ce qui représente un taux de 64% de l'effectif CDI avec des taux atteignant au moins les 80% sur les sites de Flin et de Sandouville. Notons que la CGT a été le seul syndicat à ne pas signer cet accord.

De son côté, Renault reste encore plus silencieux sur le sujet et par rapport au propos de la CGT. La marque n’a rien commenté sur ce chiffre de 7 600 intérimaires. Mais le représentant syndical a tenu à décrire les difficultés pour les chefs d’équipes de gérer les effectifs. Selon sa description, certains cas comprennent 80% d’intérimaires incluant des profils non appropriés et des problèmes exprimés qui ne sont pas considérés. Il a dit que ces dirigeants considèrent que « n’importe qui est capable de faire n’importe quoi ». Ainsi, le savoir-faire n’est plus de mise et le résultat en souffre beaucoup. Il a qualifié les faits comme « une soviétisation de l’organisation du travail ». Il entend par là que les dirigeants planifient et décident tout. Du coup, une des conséquences serait le bon nombre de voitures qui demanderait des retouches. Dans certains sites, selon la CGT, celles-ci vont jusqu’à 85% de la production, sans parler des cas liés à des problèmes de conception. Cette situation est notamment due à la baisse de compétence interne à l’ingénierie et le déséquilibre produit par le contrôle de Nissan. C’est ainsi que le représentant du syndicat estime qu’une discussion est nécessaire. Il veut avant tout mettre en avant cette réalité alors que se discute actuellement une possible évolution capitalistique au sein de l'Alliance. Il conclut qu’il ne s’agit pas seulement d’un égocentrisme de la part des dirigeants, mais plus particulièrement de l’avenir de Renault, ses salariés et même de la filière automobile en général, en ajoutant que l’Etat est « complètement sourd à la réalité de l’entreprise. »